Retraite · CAVP

Retraite du pharmacien d'officine : vous êtes le seul libéral à capitaliser, et pourtant la pension moyenne n'en remplace qu'environ un tiers.

Un titulaire d'officine gagne, en ordre de grandeur, de 60 000 à 65 000 € par an. La CAVP, sa caisse, verse en moyenne l'équivalent d'un tiers de ce revenu à ses pharmaciens déjà retraités. Voici comment se calcule votre pension sur deux étages (dont un capitalisé, fait unique chez les libéraux), à quel âge partir, et comment préparer la différence, à votre rythme, sans rien vous promettre que personne ne peut tenir.

12 pages8 minMis à jour · 2026
Montants indicatifs fondés sur les barèmes 2026 publiés. Votre calcul exact se fait sur vos relevés, en rendez-vous.
Retraite obligatoire

Vos deux étages, dont un que personne d'autre n'a

On vous a peut-être expliqué que la retraite d'un libéral tenait sur trois étages. Pour vos confrères médecins ou dentistes, c'est exact. Pour vous, pharmacien d'officine, c'est faux, et plutôt à votre avantage. Votre retraite obligatoire n'a pas de régime des conventionnés : elle repose sur deux étages seulement, un socle commun à tous les libéraux et un régime complémentaire propre à votre profession.

Ce régime complémentaire cache pourtant une singularité que vous êtes seul, parmi tous les libéraux, à posséder. Il fonctionne pour une part en répartition, comme partout ailleurs, et pour une autre part en capitalisation. Autrement dit, une fraction de vos cotisations part financer les pensions d'aujourd'hui, et une autre construit, à votre nom, un capital qui vous attend. La caisse capitalise pour vous depuis 1962, bien avant que le mot ne devienne à la mode.

Ce volet en capitalisation n'a rien d'anecdotique : la caisse des pharmaciens gère à ce titre de l'ordre de 7,2 milliards d'euros d'actifs (chiffre officiel CAVP, données 2023), et il pèse presque autant que le volet en répartition dans les pensions versées. Vous cotisez donc, sans toujours le savoir, à l'un des rares régimes de retraite libérale qui investit vraiment pour vous.

Le montant et l'âge de votre pension

Trois logiques cohabitent. Le socle de base se compte en points : vous en accumulez, et chaque point vaut une somme fixée chaque année. Le volet en répartition se compte en annuités, une par année cotisée, valorisées elles aussi à un tarif annuel. Le volet en capitalisation, lui, ne se compte pas : il s'accumule, se revalorise, puis se convertit en rente au moment où vous raccrochez.

Les valeurs 2026 de vos étages (officiel CAVP / CNAVPL)
ÉtageValeur 2026Ce qu'elle construit
Socle de base (point CNAVPL)0,6599 € le pointLa pension de base et vos trimestres
Complémentaire en répartition (annuité CAVP)328,80 € l'annuitéUne rente proportionnelle aux années cotisées
Complémentaire en capitalisationun capital revalorisé (4 % au titre de 2024)Une rente viagère, calculée à votre départ

Reste à savoir quand partir. Deux dates commandent tout : l'âge à partir duquel vous pouvez demander vos droits, et le moment où vous atteignez le taux plein, sans pénalité. Partir trop tôt, sans tous vos trimestres, déclenche une décote d'environ 1,25 % par trimestre manquant. Prolonger ouvre une majoration du même ordre. En moyenne, un pharmacien part aujourd'hui à un peu plus de 65 ans (chiffre officiel CAVP).

Les âges qui décident (indicatif, à confirmer)
  1. Âge légal
    Vous pouvez demander vos droits
    64 ans pour les nés à partir de 1969
  2. Taux plein
    Sans décote, si vous avez tous vos trimestres
    environ 172 trimestres selon votre génération
  3. 67 ans
    Taux plein automatique
    sans condition de trimestres
  4. Au-delà
    Surcote
    environ 1,25 % de pension en plus par trimestre travaillé
Toute pension annoncée à partir de ces valeurs est une projection non contractuelle : les valeurs de point et d'annuité sont revues chaque année, et le rendement du volet capitalisation dépend des marchés. Le calendrier des âges dépend de votre année de naissance, et son relèvement est actuellement gelé. Faites confirmer votre cas précis par la CAVP avant toute décision.

Le vrai trou : du comptoir à la pension

Voici le paradoxe qui vous concerne. Vous cotisez comme peu de libéraux, sur trois mécanismes répartis sur vos deux étages, et la pension moyenne servie par votre caisse tourne pourtant autour du tiers de votre revenu d'activité. Un titulaire d'officine gagne, en ordre de grandeur, de 60 000 à 65 000 € par an ; la pension moyenne d'un pharmacien retraité se situe, elle, autour de 1 800 à 2 100 € par mois. L'écart n'est pas une punition, c'est une mécanique, et une mécanique se prépare.

Le socle obligatoire, et ce qui reste à votre charge
Ce que couvre la retraite obligatoireCe qui reste à votre charge
Une pension sur deux étages (base + complémentaire)L'écart entre cette pension et votre revenu de titulaire
Plafonnée à chaque étageTout le revenu au-dessus des plafonds
Un volet capitalisation qui aide, sans comblerLa part que la capitalisation obligatoire ne couvre pas
La première rencontre sert précisément à faire ce calcul avec vous, vos relevés en main : on chiffre la pension réellement attendue, on la compare à votre revenu, et l'écart obtenu est le besoin exact à préparer. Les ordres de grandeur affichés ici sont indicatifs et non contractuels.

Combler le trou : vous savez déjà capitaliser

Il y a une ironie douce dans votre situation. Vous êtes le seul libéral que l'État oblige déjà à capitaliser pour sa retraite, à travers votre caisse. Rien ne vous empêche d'en faire autant, cette fois pour votre propre compte, et avec plus de liberté. D'abord le plan d'épargne retraite (PER), dont les versements se déduisent de votre votre bénéfice de professionnel libéral (BNC), donc moins d'impôt aujourd'hui pendant que vous construisez un capital pour demain. Ensuite l'assurance-vie, pour la souplesse et la disponibilité.

Les deux leviers, en clair
LevierCe qu'il apporte
Le plan d'épargne retraite (PER)Versements déductibles du bénéfice (moins d'impôt), capital ou rente à la retraite
L'assurance-vieSouplesse, disponibilité de l'épargne, transmission
Tout placement comportant des supports en actions présente un capital non garanti : sa valeur peut varier à la hausse comme à la baisse. Les projections de rendement sont indicatives et non contractuelles.

Les décisions qui changent votre retraite

Quelques choix pèsent lourd, parfois plus que des années de cotisation. Chez le pharmacien, le premier de tous porte un nom que vos confrères ne connaissent pas : la classe de cotisation.

Ce qui se décide (et qui se chiffre au cas par cas)
DécisionPourquoi ça compte
Votre classe de cotisationLe volet capitalisation se cotise par classes : monter de classe construit plus de capital, à arbitrer avec votre effort d'épargne libre.
Racheter des trimestresAtteindre le taux plein plus tôt et éviter la décote : un coût à comparer au gain.
Conjoint collaborateurLe conjoint qui participe à l'officine peut se constituer ses propres droits, plutôt que de dépendre de la seule réversion.
Cumul emploi-retraiteContinuer à exercer en touchant sa pension, parfois en acquérant de nouveaux droits (sous conditions).
Prolonger (surcote)Chaque trimestre travaillé en plus majore la pension : un arbitrage entre prolonger et capitaliser autrement.
La réversion (la part de votre pension versée au conjoint survivant) obéit à des règles propres à chaque étage : taux, âge minimum, conditions de ressources et de mariage. Le volet capitalisation offre d'ailleurs, à la liquidation, des options de réversion à choisir avec soin. Tout se vérifie sur les conditions à jour de la CAVP.
Exemple chiffré

Avant / après, en clair

Un titulaire de 55 ans (exemple)

Pharmacien d'officine en libéral, départ envisagé à 64 ans. Exemple illustratif, montants non contractuels.

Avant

Un revenu confortable au comptoir, deux étages de retraite obligatoire dont un capitalisé, mais une pension moyenne qui n'en remplace que le tiers : la chute de revenu au départ reste forte.

Après

Un plan d'épargne retraite et une assurance-vie alimentés tôt, calés sur le trou chiffré : la pension obligatoire peut être complétée, sur un capital qui n'est jamais garanti.

Viser un départ choisi plutôt que subi. Aucun résultat n'est promis : tout dépend de la durée, de l'effort d'épargne et des marchés.
Pour aller plus loin

Le guide complet, en PDF

L'article vous explique l'essentiel. Le guide, lui, est l'outil : de quoi vérifier votre situation et passer à l'action, chiffres en main.

  • Le schéma de vos deux étages (base + complémentaire en répartition et en capitalisation) expliqué en clair
  • La méthode pour lire vos relevés et comprendre votre volet capitalisation (valeurs 2026)
  • Le calcul de votre « trou » : pension estimée face à votre revenu de titulaire
  • Les âges qui décident (âge légal, taux plein, décote, surcote)
  • Les décisions qui pèsent (classe de cotisation, rachat de trimestres, cumul, surcote)
  • Combien épargner par mois pour refermer le trou, selon votre horizon
  • Le mémo à transmettre à votre comptable (déductibilité PER / Madelin)
Recevoir le guide en PDF
Questions fréquentes

Vos questions

De combien de régimes de retraite dépend un pharmacien ?

De deux régimes obligatoires gérés par la CAVP, et non trois : un socle de base commun à tous les professionnels libéraux, et un régime complémentaire propre aux pharmaciens. Le pharmacien d'officine n'a pas de régime des praticiens conventionnés comme les médecins ou les dentistes.

Qu'est-ce que la part en capitalisation de la retraite CAVP ?

C'est une singularité unique chez les libéraux : une partie de votre régime complémentaire obligatoire fonctionne en capitalisation. Vos cotisations, selon votre classe, alimentent un capital à votre nom, revalorisé chaque année (de l'ordre de 4 % au titre de 2024), puis converti en rente viagère à la liquidation. La caisse gère à ce titre environ 7,2 milliards d'euros d'actifs.

Quelle part de mon revenu ma retraite obligatoire remplacera-t-elle ?

En ordre de grandeur, environ un tiers : la pension moyenne d'un pharmacien retraité se situe autour de 1 800 à 2 100 € par mois (estimation dérivée des agrégats officiels de la caisse, non publiée telle quelle), face à un revenu de titulaire de l'ordre de 60 000 à 65 000 € par an. Le calcul précis se fait sur vos relevés et reste une projection non contractuelle.

À quel âge un pharmacien peut-il partir à taux plein ?

Selon votre génération, l'âge légal est de l'ordre de 64 ans, avec un taux plein qui suppose d'avoir tous vos trimestres (environ 172 selon l'année de naissance), et un taux plein automatique à 67 ans. En moyenne, les pharmaciens partent un peu après 65 ans. Ces repères évoluent avec la réforme des retraites, dont le relèvement de l'âge est actuellement gelé : faites confirmer votre cas par la CAVP.

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